« Alcool, mon amour » ou parodie de l’Amant de M.Duras

alcool

Marguerite Duras

C’est pas bien, de dire du mal de Marguerite Duras, mon écrivain préféré, de dire qu’elle ne pouvait vivre sans alcool.
Quelle bassesse ! C’est pas bien ! Mais prenons les premières pages de l’Amant (chef-d’oeuvre selon moi)  et voyons  ô combien, elles sont imbibées d’alcool.

Une bouteille d’alcool à la mer

« Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître (preuve d’un immense courage puisqu’il appartenait aux alcooliques anonymes) et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours (évidemment il la voit deux fois par semaine, aux réunions sans alcool ) tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venue vous dire que pour pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune (il est complètement bourré) ; j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté.

Je pense souvent à cette image que je suis seule à voir encore et dont je n’ai jamais parlé (difficile de parler durant ces réunions éthyliques ). Elle est toujours là dans le même silence, émerveillante. C’est entre toutes, celle qui me plaît de moi-même, celle où je me reconnais (Pinard, mon beau pinard, dis-moi qui est la plus belle ? ), où je m’enchante.

Détruire, dit-elle

Très vite dans ma vie, il a été trop tard (elle est née avec une tâche de vin sur la fesse droite : destin tout tracé.) A dix-huit ans, il était déjà trop tard. Entre dix-huit ans et vingt-cinq ans mon visage est parti dans une direction imprévue (nez enflé, sourire nord-est). A dix-huit ans, j’ai vieilli, en fait, c’est arrivé brutalement (après des semaines d’orgies, où Marguerite buvait 6 litres de vin par jour et même qu’elle rapportait les bouteilles vides à la consigne, s’achetant ainsi un litre supplémentaire). Je ne sais pas si c’est tout le monde pareil (Non ! Heureusement ! Nous ne sommes pas tous des disciples de Bacchus), je n’ai jamais demandé (on la comprend !). Il me semble qu’on m’a parlé de cette poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu’on traverse les âges les plus célébrés (tu parles…hips…qu’elles a célébrés…hips…ces âges-là!). Ce vieillissement a été brutal. Je l’ai vu gagner mes traits un à un, changer le rapport qu’il y avait entre eux (les rides du menton bataillaient sans cesse avec les commissures des lèvres : impressionnant!), faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive (déterminée devant le goulot). Au contraire d’en être effrayée, j’ai vu opérer ce vieillissement de mon visage avec l’intérêt que j’aurais pris par exemple au déroulement d’une lecture (lorsque les caractères n’étaient pas flous). Je savais aussi que je ne me trompais pas, qu’un jour il se ralentirait et qu’il reprendrait son cours normal (d’où la nécessité d’aller aux réunions sans alcool). Les gens qui m’avaient connue à dix-sept ans lors de mon voyage en France ont été impressionnés quand ils m’ont revue, deux ans après à dix-neuf ans (Purée ! Tu as changé ! Tu aurais pu prévenir ; non, c’est vrai, ça fait un choc ! Bigre ! Ce que tu es moche ! Ecoute Marguerite, arrête la bibine, prends plutôt du L.S.D.) Ce visage-là nouveau, je l’ai gardé (hélas, oui ! Ce qui est regrettable c’est qu’elle ne pouvait plus fumer, son visage était tellement imbibé d’alcool qu’elle aurait explosé!). Il a vieilli encore bien sûr mais relativement moins vite qu’il aurait dû . J’ai un visage lacéré de rides sèches et profondes, à la peau cassée (une vraie carte routière!). Il ne s’est pas affaissé comme certains visages à traits fins ; il a gardé les mêmes contours mais sa matière est détruite. J’ai un visage détruit (évidemment quand on prend de la bouteille!!!) »

 

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