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J’ai changé de banquise ; l’autre avait fondu. Je me suis levée, ai marché jusqu’au bout de la pièce puis me suis rassise. Les écrevisses ont attaqué toute la nuit. Leurs pinces griffaient ma peau et leurs gros yeux noirs fouillaient mon cerveau. Une autre banquise, plus petite celle-là, avec juste la place pour s’étendre. J’attends je ne sais quoi, peut-être de voir tout ce qui m’entoure dériver, partir loin, très loin. Personne ici ne viendra me chercher. Je suis arrivée au bout du monde : dans une solitude arctique où  d’énormes glaciers se dressent prêts à m’étouffer.

Bruit de clefs dans la serrure. Une blouse blanche qui s’agite. C’est madame Cuvier l’infirmière en chef. Je ne l’aime pas ; elle me fait peur, elle a des yeux méchants comme des gouffres avides qui  vous aspirent et vous avalent. Hier, elle m’a grondée parce que je n’avais pas fini mes petits pois :
-Mademoiselle, puisque c’est ainsi vous n’irez pas vous promener dans le parc cet après-midi !
Elle sait très bien que les sorties me sont interdites. Tout le monde ici sait ce qui s’est passé l’automne dernier. J’entends des voix dans ma tête ; des voix tranchantes comme des lames de rasoir. C’est pour cette raison que l’on m’a placée dans cet hôpital. Pour éviter que je me coupe ou que je me tue…
J’ai essayé une fois avec un morceau de verre, ramassé dans le parc ; la voix était devenue tellement forte que je n’ai pas pu résister. Du sang a alors jailli de mon front ; des gouttelettes au début puis un long filet rouge carmin. En quelques secondes, le paysage autour de moi s’est évanoui. Un blanc laiteux voilait mes yeux mais la voix avait disparu. Je souriais ; je ressentais une telle paix…Et maintenant je me retrouve dans une cellule de quinze mètres carrés, avec une minuscule fenêtre, pendue au plafond. Le ciel essaie d’y entrer mais elle le repousse avec une telle hargne, une telle cruauté que parfois entre deux entrebâillements,  je l’entends ricaner.

L’infirmière me tend un verre d’eau avec mes comprimés, vérifie si je les avale bien. A mon arrivée,  je les cachais tout au fond de ma bouche, derrière ma dent cassée. Elle ne voyait rien. Ensuite je les dissimulais sous mon matelas et jour après jour les couvais. Au bout d’une semaine, il en est sorti des choses magnifiques : une explosion de fleurs, roses, lys…de toutes les couleurs ; enroulées autour des barreaux de mon lit, elles scintillaient, grimpaient jusqu’au plafond, dessinant des cercles dorés. Mais un matin, madame Curvier a tué ces beautés ; d’un geste brusque, elle a secoué le matelas, et l’a complètement retourné.

Regard noir, trempé d’encre. L’infirmière reprend le verre d’eau et pose sa main sur son front.
-Maudite migraine, lâche-t-elle en me jetant un œil mauvais comme si j’en étais la cause.
Je sais beaucoup de choses au sujet de ses migraines. Que par exemple, des centaines d’abeilles dansent autour de sa tête. Epaisses, effrayantes, elles forment une véritable  escadrille prête à attaquer. Moi seule, les vois, les entends. Mais je ne dis rien parce que Madame Cuvier est une femme méchante.
Hier encore, elle a frappé Audrey. Paisiblement je dérivais sur ma banquise quand des cris ont retenti dans le couloir, juste à côté des douches.  Des cris comme des pépiements d’oiseaux :
-Mademoiselle, cessez ce cinéma ! Si vous refusez d’aller vous laver, je vais vous gifler plus fort et vous m’en direz des nouvelles ! ! !
J’ai eu tellement peur que j’ai failli heurter un iceberg. Audrey criait, terrorisée. Elle est ici parce qu’elle a une peur panique des liquides, parce qu’un jour elle « s’est noyée dans un verre d’eau. C’est ce qu’elle m’a dit la première fois que je l’ai vue. Je me souviens : elle déambulait hagarde, dans les couloirs, une éponge jaune serrée contre elle :
-C’est ce que j’ai de plus cher au monde, m’a-t-elle confié  me montrant  fièrement l’objet.
J’ai acquiescé ; je ne savais plus qui j’étais.

-Pour votre petit déjeuner, beurre ou confiture ?
Je ne me souviens plus. A cette question, soudain un pan de ma mémoire s’écroule et je réalise que je suis en pyjama, dans mon lit et qu’il va être bientôt huit heures. Je me redresse, surprise, répond à l’infirmière, d’une voix hésitante :
-Du beurre comme d’habitude ; je suis allergique à la confiture.
Elle soupire exagérément :
-Ah ! Mesdemoiselles, vous me tuerez toutes autant que vous êtes avec vos manies alimentaires : pas de confiture pour l’une, pas de sel pour l’autre. Je vous le dis : vous me tuerez ! ! !
Ces paroles claquent dans la pièce pleine de reproches,  chancellent  sous la  lumière, s’écrasent contre les murs en un bruit sec puis retombent sur le sol comme des insectes irradiés.
Je regarde madame Cuvier droit dans les yeux, contiens ma colère. Trente fois que je lui répète que la confiture  m‘est interdite à cause de la pectine ; elle veut me voir le visage couvert de boutons ?  C’est elle la folle maintenant ? Qu’elle prenne ma place, après on verra.  « Alors Madame Cuvier, qu’est-ce qu’on a ce matin ? On ne finit pas sa petite cuillère ? C’est pourtant du bel inox, fraîchement venu d’Asie ? Vous refusez de l’avaler. Très bien…suspension des promenades jusqu’à nouvel ordre ».

Elle fait mon lit, tandis que j’attends, les mains sur mes reins, lesquels depuis deux jours  me font atrocement souffrir comme si on y plantait des plaques de givre, à coups de massue jusqu’à ce que ma colonne vertébrale se casse. Je suis une banquise moi aussi, une banquise qui s’effrite. Mon corps entier se craquelle : mes vertèbres se disloquent une à une, mes os s’éparpillent et s’enfoncent dans le torrent de mes nuits. J’ai bien demandé de la pommade mais d’un ton catégorique, madame Cuvier a refusé. Ce jour-là, le soleil s’est mis à flamber ; un feu gigantesque a ravagé ma tête, brûlé les passerelles qui mènent au cerveau. Il a plu des météores, de l’or en fusion. C’était magnifique. Mais la douleur n’a pas disparu.
Aujourd’hui si je lui redemande du baume, je sais ce qu’elle va me répondre alors je vais m’asseoir au fond de la pièce. La lumière du jour lèche timidement le carrelage, grignote mes orteils. Engluée dans une bouillie de mots, madame Cuvier maugrée, sermonne le matelas et l’oreiller : à croire qu’eux aussi sont des malades, figés dans leur taie comme moi dans ma chemise nouée autour du cou.
-Soyez prête pour le petit déjeuner .
A chaque fois que j’entends cette phrase, je suis prise de tremblements. C’est pourtant toujours la même depuis un an, autoritaire, pleine de poussière et qui se faufile hors de la chambre avant que madame Cuvier n’en referme la porte.
« Soyez prête » : jamais de ma vie, je n’ai été prête pour quoi que ce soit. Mon corps entier est secoué de spasmes : le temps y a creusé des échecs, des peurs fossilisées. Trop lente pour cette société-là ; à l’école, au travail, j’étais une perpétuelle décalée. Trop lente, toujours coincée entre deux strates d’existence. Le monde allait si vite qu’il me donnait le vertige. Cachée dans un coquillage, je survivais, incapable de m’adapter au rythme des humains, à leur vie active. J’enchaînais emploi sur emploi et par conséquent renvoi sur renvoi. Faire mille choses en même temps, coordonner pensées et mouvements, se concentrer m’était devenu impossible. Tôt ou tard, les couteaux revenaient ; de grands couteaux ensanglantés qui surgissant d’un téléphone ou d’une carte de visite, se plantaient dans mon ventre puis m’étripaient. Un sang épais alors coulait des murs, couvraient mes jambes d’énormes flaques. Bizarrement les gens ne remarquaient rien. Terrifiée, je m’enfuyais, retournais au fond de mon coquillage. Et les jours s’entassaient, s’accumulaient d’eux-mêmes tels des sédiments et je demeurais seule, adossée en permanence contre des lames tranchantes, sujette le jour, la nuit, à des crises de tétanie qui allaient jusqu’à l’évanouissement.

Quels métiers ai-je exercé avant mon arrivée ici ? Je reviens m’asseoir sur mon lit, tente de me souvenir : secrétaire ? Fleuriste ? Enfant, je voulais garder les nuages ; dans mon ciel, ils passaient magnifiques, avec leurs flots de mousse, ourlés de lumière. Certains ressemblaient à des animaux : chat, ours, oiseau…une girafe même une fois passa ; j’en fus très honorée. Les nuages glissaient sur le vent, roulaient ; en les regardant un sentiment d’émerveillement et de crainte m’envahissait car ils m’échappaient. Alors de toutes mes forces, je soufflais dessus ; quelques-uns ralentissaient leur course, je souriais. Quand j’appris que ce métier n’existait pas, je fondis en larmes.
Désormais toutes ces beautés  allaient s’envoler et personne ne les rattraperait jamais.

Madame Lhomond vient d’entrer ; c’est la nouvelle infirmière. Elle est gentille, contrairement à madame Cuvier, elle a compris que les fous étaient des êtres humains. Elle pousse une petite table à roulettes qu’elle encastre au lit :
-Votre petit déjeuner, dit-elle d’une voix douce.
Je regarde la jeune femme, stupéfaite puis  le plateau : le beurre, la tasse de thé, les  tranches de pain grillées.Tout à coup une peur immense me paralyse. Le beurre  va me sauter dessus ! Je fixe de nouveau l’infirmière, incapable de dire un mot.
-Ça ne va pas, mademoiselle ?
Je reste pétrifiée ; ma respiration est saccadée. De la sueur coule de mon front. Je vais suffoquer.
-Allons, il faut manger, vous êtes toute pâle.
Elle pose une main sur mon épaule.
-Je vous prépare des tartines.
Est-ce qu’elle sait que la plaquette de beurre, si petite soit-elle, va lui sauter dessus et l’engloutir ? Que dans une seconde son gras jaune et écœurant lui tombera des mains et  dévorera son  visage ?  L’infirmière me tend une tartine ; j’éclate en sanglots. Comment veut-elle que je l’avale ? J’ai si mal au dos. Et pourquoi devrais-je manger ce beurre qui par ailleurs m’étouffera ? Je suis si faible ; avec tous les calmants qu’on me donne. Ma lèvre inférieure tremble et je ne peux m’empêcher de pleurer. Pourquoi m’inflige-t-on ça? Me forcer à manger alors que je n’ai pas faim. Dans cet hôpital, le jour, la nuit m’avalent, me vident de mes dernières forces. Est-ce que quelqu’un s’en soucie ? La jeune femme penche sa tête vers moi, essaie de me raisonner. Je devine de l’inquiétude dans ses yeux, entretenue par les rumeurs à mon sujet : « Attention à cette patiente, sous son air calme, dort une vraie furie, capable d’étrangler ». Je n’ai jamais étranglé personne, à part moi-même…

Le chariot lentement se retire avec l’infirmière, avec deux tartines restées dessus. Le beurre ne m’a pas attaqué cette fois-ci ; peut-être parce que Mme Lhomond l’a tué d’un coup de couteau sec puis l’a étalé parcimonieusement sur le pain ou parce il était fatigué et  a voulu m’épargner ? Il avait bien l’air mort quand je le regardais : sa peau jaune fade, striée.
Le chariot lentement se retire et je me retrouve devant un monde d’angoisses, une terre peuplée d’écrevisses. Chaque soir, elles resurgissent, sortent des murs de la chambre, se jettent sur moi puis m’engloutissent. Leurs écailles luisent comme des astres. Leurs mandibules grincent et s’agitent en tous sens. Je lutte de toutes mes forces ; c’est sans appel : elles ont déjà avalé la nuit.
Je ne veux pas être ce soir, je ne veux pas ! On m’a tout pris dès que je suis entrée ici : mes livres,  mes plumes d’oiseaux ; même mon corps, ils l’ont pris et m’en ont donné un autre : maigre et souffreteux. Ces mains non plus ne sont pas les miennes : elles ressemblent à des feuilles mortes, si sèches qu’un simple courant d’air les craquelle. Alors je n’ai plus rien pour me défendre contre les écrevisses, ni force ni effet personnel. Et puis il y a cette peau…nouvelle ; cette peau parsemée de plaques rouges, sur mes bras, mes jambes. L’eczéma du temps : souvent je me gratte  jusqu’au sang.
Je crois que les écrevisses ont pénétré dans mon corps et qu’elles en grignotent ses membres.  En ce moment leurs pinces raclent chaque pore de ma peau, la creusent, la vident  pour y cacher leurs œufs ; ça doit être vrai sinon comment font-elles pour se multiplier autant ? Et pourquoi les démangeaisons sont de plus en plus violentes? Je me gratte, ivre de désespoir. Bientôt mes ongles sont pleins de sang. Je suis à boue. Et je me gratte encore et encore, encore et plus fort.
-Sortez ! criai-je, sortez !!!
L’orage a éclaté dans ma tête ; violemment je la cogne contre le mur, dix fois, vingt fois. Les coups pareils à des éclairs, foudroient mon cerveau mais je continue toujours, vociférant, implorant que quelqu’un vienne enfin m’aider…Des phalènes dansent sous des lueurs huilées. Un crépuscule d’été doucement s’écroule puis se froisse comme une étoffe de soie. Les phalènes vibrent, palpitent ; leurs ailes caressent l’air tiède, les champs de blé, les pierres, la terre entière. Je cours dans cette blondeur, l’enroule autour de moi. Les phalènes me suivent, s’emmêlent à  mes cheveux. En bas du  chemin, la nuit est tombée ; elle a laissé un grand trou clair et de magnifiques étoiles. Surprise, je m’arrête, les ramasse : elles étincellent ; leur lumière envoient des éclats blonds, très doux. Je souris : je suis dans l’incandescence de mes sept ans.

Pensées obliques. On attend toutes en file indienne dans le couloir pour aller aux douches. Un groupe constitué exclusivement de femmes. Pensées obliques. Je m’éveille parmi les vapeurs d’eau tiède, distingue des silhouettes vides qui patientent avec une pitoyable soumission. Je suis comme elle, obéissante à l’excès, abrutie par les calmants.
Quand les écrevisses sont parties, ils m’ont fait dormir de longues heures et m’ont laissé un goût âcre dans la bouche. Il doit être six heures du soir environ, heure de la toilette quotidienne. J’ai le droit d’aller aux douches une fois par semaine. J’ai le droit aussi de m’abîmer dans la plus sombre des folies, de ne plus m’appartenir, de devenir comme  toutes ces pensionnaires au visage inexpressif, aux phrases incohérentes qui s’étonnent par fois de trouver sur le sol, un morceau d’elles-mêmes. Pensées obliques -je secoue brusquement la tête- elles reprennent leur place habituelle, sous la lanterne de mon cervelet.
Mme Cuvier vient d’entrer dans le pavillon, avec fracas ouvre les portes qui mènent jusqu’au couloir. Elle passe devant nous, furieuse : son visage rond et bouffi ressemble à une pomme trop mûre.
-Isabelle ! crie-t-elle, où êtes-vous ?
Au son de sa voix, les femmes aussitôt paniquent ; certaines gémissent, émettent des borborygmes ; d’autres plus audacieuses se changent en arbre. Les sœurs Malène par exemple ont des capacités surprenantes de métamorphoses. Immobiles, les bras tendus vers le ciel, elles défient l’infirmière :
-Nous sommes des platanes, lancent-elles d’un ton autoritaire, ne touchez pas à nos branches sinon nous alertons le ministre de l’environnement !
Madame Cuvier ne répond rien. Elle est depuis longtemps habituée. Huit ans que les « sœurs » sont internées. J’aimerais être un arbre, moi aussi, nouer mes branches à la chevelure du ciel, vibrer…
-Isabelle ! reprend l’infirmière en inspectant la rangée, ne m’obligez pas à employer la force ! Montrez-vous!
Vissées à la peur, nous fixons machinalement le sol. Malgré moi, mon regard glisse sur la voisine de devant, toujours vêtue de la même chemise sale et rêche. Des mois que nous portons ces horreurs, pleines de taches. Mépris du corps médical. Humiliation suprême d’enlever à un être humain ce qui lui reste de dignité. Les sœurs Malène, elles n’y font guère attention. Mais moi comme d’autres malades, je ne le supporte plus. Les visites de la famille, des proches sont rares alors pourquoi rester propres puisque que la folie déjà nous habille avec ses tons d’outre-tombe ? Tout mon corps est parcouru de frissons ; je voudrais hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. Brusquement ma voisine se retourne :
-Je suis un écureuil,  dit-elle, ne le répétez à personne.
Déconcertée je regarde la jeune  femme : elle est fluette, de petite taille. Des cheveux bruns tombent sur ses épaules. Son visage est doux ; ses yeux  malicieux.
-Je suis un écureuil mais Mme Cuvier ne m’attrapera pas. L’astuce c’est de lui faire croire qu’elle peut y arriver. Je m’appelle Isabelle, ravie de vous rencontrer.
Elle serre ma main d’un geste vigoureux, me fait un clin d’œil puis reprend sa position dans la file d’attente. Je reste interloquée.
L’infirmière continue son inspection, bouscule les malades sans ménagement. La peur nous tenaille toutes sauf Isabelle qui à présent chantonne : « Mme Cuvier a une tête de babouin et le cul d’un chimpanzé » puis elle éclate de rire. Je fais pareil. C’est la première fois depuis mon arrivée que je ressens un peu de  joie. Isabelle se retourne vers moi. D’un seul coup son visage se fige ; elle m’examine attentivement, réfléchit, plongée dans une réflexion si intense qu’elle ne remarque même pas madame Cuvier, postée maintenant à quelques mètres de nous.
-Et vous ? demande-t-elle, quel animal êtes-vous ?
-Pardon ?
-Oui, quel animal êtes-vous ?
-Je…je ne sais pas.
Elle me regarde, l’air songeur.
-Difficile à dire en effet. Voyons voir…Une souris ? Un loir ? Non… J’y suis ! Vous êtes une taupe !
-Merci de m’en informer.
Elle se mord les lèvres, semble soucieuse.
-Au fait, vous avez creusé les galeries qu’on vous a demandées?
Je n’ai pas eu le temps de répondre. Madame Cuvier a bondi sur Isabelle et l’a violemment empoignée par le bras.
-Mademoiselle, cela fait des heures que je vous cherche ! Pourquoi ne me répondez-vous pas ?!?
Isabelle a regardé l’infirmière droit dans les yeux puis a rétorqué :
-Ne me touchez pas ! Je suis un écureuil d’Ecosse !
L’infirmière a pris un air mesquin :
-Finies les bêtises, le psychiatre vous attend ; à chaque fois c’est le même cinéma, vous faites tout pour l’éviter ! Dépêchez-vous, nous sommes en retard !
Tant bien que mal, madame Cuvier a tiré Isabelle par le bras ; malgré cela, elle a résisté, est restée immobile, les deux pieds comme coulés dans le  béton.
-Je n’irai pas ! a-t-elle crié, je hais les psychiatres !!! Ils me donnent des médicaments qui me font  dormir. Moi, je suis un écureuil pas un être humain…je n’ai pas besoin de ça!
-C’est ce qu’on va voir ! a lancé madame Cuvier  sortant de sa blouse un sifflet qu’elle s’est empressée d’utiliser.
Alors surgissant du couloir, deux autres infirmières sont venues en renfort ; ensemble elles ont traîné Isabelle, sur plusieurs mètres jusqu’à ce quelle disparaisse. Ses cris après son départ ont longtemps résonné, des cris semblables à des chauves-souris, qui voletaient, se cognant contre les murs, paniqués, pris au piège et qui bientôt se sont pendus au chaos.

Je suis retournée sur ma banquise et ai dérivé jusqu’à l’aube. L’hôpital est calme. Quand je suis entrée ici, on m’a dit que je ne resterai pas longtemps, deux à trois semaines au plus. Mais on a oublié de me dire que l’asile est un endroit dont on ne revient pas, une prison aux barreaux imaginaires, plantés dans votre crâne que seul l’espoir arrive à tordre, or l’espoir vous éblouit puis l’instant d’après vous assassine. Et la réalité brûle votre visage comme un feu toujours en colère.
Je voudrais revenir en arrière,  un an plus tôt ; malgré la folie qui me hantait, j’espérais qu’un jour elle disparaîtrait, qu’elle rongerait un esprit plus malade que le mien. Les écrevisses pouvaient bien dévorer mon cerveau,  déchiqueter mes rêves, lorsque je les trouvais, mortes, vaincues sur le plancher après une lutte impitoyable, tout me semblait  possible : avoir une vie normale, sans crise d’angoisse. Même les voix dans ma tête s’étaient tues ; d’habitude si compulsives, elles avaient perdu leur écho.
Je me tourne à plusieurs reprises dans mon lit, rabats la couverture sur ma poitrine. J’ai terriblement froid. A la fenêtre, s’étire une lumière pâle qui se tord comme une auréole.
Y a-t-il à l’autre bout de la terre quelqu’un qui pense à moi ? Une même âme mourant sous la fêlure du jour ?

Le temps tangue et chavire. Soudain la pièce se met à bouger -du plancher s’échappent d’odieux craquements- puis avec fracas elle s’éloigne, descend le fleuve de ma mémoire…Une nuit d’été. Des milliers d’étoiles illuminent le ciel. On dirait des boutons de nacre posés sur de la soie. Je les observe, fascinée. Au-dessus de moi, s’étend un monde magnifique, plein de mystères à déboutonner. De toutes mes forces  je saute, essaie d’attraper une étoile. A sept ans, je suis trop petite ; il me faut encore grandir. D’ici quelques mois, mes mains toucheront le ciel. Mes yeux brillent : l’univers là-haut…lui seul peut me sauver, m’arracher aux griffes des humains, à leurs jugements, leurs mensonges meurtriers. Subitement, l’été chez ma tante, me semble supportable, malgré ses amies qui me regardent de travers, malgré les gamins du village qui ricanent sur mon passage :
-Tiens, voilà Miléna, la toquée ! Miléna, la cinglée !
Miléna qui parle toute seule durant des heures, erre dans la campagne et caresse les escargots. Parfois un gros chat la suit, roux, le ventre bedonnant comme s’il avait avalé la lune. Ses yeux verts s’ouvrent puis lentement se ferment ; de ses deux fentes lumineuses, jaillit un frisson d’étoiles. Il a mangé un bout de l’univers…

Un an que je suis dans cet hôpital et jamais personne ne m’a appelée par mon prénom. C’est toujours « Mademoiselle ». Ici Miléna n’existe pas. Dès son arrivée, on l’a anesthésiée alors Miléna a avorté de moi. Mais comment vivre aujourd’hui  avec des miettes d’identité ?
Dentelle de pluie fine. Vision brouillée aux contours laiteux. Je pleure, me fissure ; mes larmes ne cessent de couler. Lancinante bruine. Mes paupières lourdes se ferment, se scellent au vide qui me remplit.
Je ne veux plus voir ce monde-là, cette chambre mortuaire où  ma folie se terre. Je ne veux plus voir personne. Qu’on me crève les yeux pour illuminer  enfin mes ténèbres.

Le psychiatre me parle d’une voix douce ; ses propos sont perfides : « Vous sortirez de l’hôpital si… ». Eternel chantage.
-Regardez-moi, Mademoiselle.
Imbécile, il ne sait même pas qu’il est assis sur ma banquise. Surtout ne pas le regarder, ne pas lui faire ce plaisir, lui qui avec sa cohorte d’infirmières, décide de mon sort. Doubler les doses de calmants : technique habituelle pour soi-disant me soigner.  Que sait cet homme-là de ma souffrance ?  Il me rend visite une fois par semaine, fait semblant de me comprendre puis se retire Pourquoi voudrais-je sortir ? L’isolement est salutaire ; tous les malades savent ça !
Je couvre  mon visage de mes mains.  Silence. Les minutes s’égouttent ; dans mon coquillage je m’enferme et me fige, descend au fond de moi,  à l’assaut d’un repère. Prise de  vertiges, le dos en sueur, je manque de m’évanouir. L’obscurité est redoutable : elle me recouvre complètement, m’entrave et derrière elle l’éclosion lente des douleurs. Je ne vois rien, n’entend rien sinon mon corps qui d’un seul coup se détache et lentement tombe dans un gouffre, léger, aussi léger que la mousse du ciel. Douce chute. Naufrage sans fin. Je tombe, ressens une paix singulière, comme  une caresse  sous le velours des yeux. Le noir m’emporte puis plus rien.
Je suis morte il y a bien longtemps -enfin.

-Personne ne veut jouer avec moi. Est-ce que tu veux jouer avec moi ?
Petite femme dodue, qui se dandine d’une jambe sur l’autre. Créature étrange dansant sa différence. Son regard s’est planté dans le mien ; bleu, insistant et dont les pupilles dilatées dégorgent  d’encre. Trop plein de calmants. Trop plein du psychiatre qui a d’avance posé ses conditions ; nouveau traitement : deux fois plus de tranquillisants. Nouvelle vie : au ralenti, le cerveau tapissé d’ouate. Les malades ont toutes accepté. Etre dans un dortoir, se promener libres dans les couloirs, accéder à la salle de jeux, à sa télévision, relève du miracle quand on a passé six mois minimum en cellule d’isolement. Je viens d’accepter moi aussi. Instinct de survie.
-Alors tu ne m’as pas répondu…Tu joues avec moi  ou pas ?
Le petit culbuto attend, oscille, les yeux ronds.
-D’accord, dis-je  mais avant il faut que je marche un peu.
La jeune femme éclate de joie, tape des mains. Voyant que j’ai du mal à avancer, elle veut m’aider en me donnant son bras:
-Non, merci, ça ira.
Mes jambes me portent difficilement, molles,  engourdies comme bourrées de vieux chiffons. C’est un miracle si je garde l’équilibre.  Le couloir de l’hôpital s’allonge devant moi, nappé de brouillard, lugubre avec son linoléum gris. Il me donne la nausée : il est sans fin, jonché de douleurs qui se hérissent sous chacun de mes pas, de fourches féroces et de flammes.
Combien de temps suis-je restée en exil,  clouée à  l’oubli ? Soudain j’ai l’impression de me réveiller, d’entrer dans un autre monde. Une pièce grande comme un hall de gare, avec ses passagers qui défilent, hagards, en partance vers leur folie ; sa furie de bruits -chaises qu’on traîne, chariots  poussés à vive allure par les infirmières, télévision crachant en continu de la publicité-et dehors, son soleil orangé, qui d’un seul coup inonde les fenêtres et réchauffe mon visage tout entier. Bouleversée, je pleure de joie.
-Ca fait ça quand ils nous enferment trop longtemps,  dit la jeune femme me tendant sa main, viens…
Je n’ose pas bouger. Trop de bonheur retrouvé, trop d’espace, de liberté. Et cette lumière irréelle dont les gouttes d’ambre calment mes brûlures, mes cratères de souffrance.
-Viens, reprend la jeune femme,  n’aies pas peur.
J’essuie mes larmes.
-Je…Je m’appelle Miléna ; toi, comment  tu…t’appelles ?
-Sécotine. Enfin c’est madame Cuvier, l’infirmière qui m’appelle comme ça, parce que je suis collante (elle rit) mais je m’en fiche… mon vrai prénom c’est Guilaine.
Elle se dandine puis fait une formidable révérence.
-Guilaine, pour vous servir !

J’avance parmi les malades : un foisonnement d’épouvante, de visages apeurés ou  totalement inexpressifs, cadavres d’une camisole chimique, noyés dans le lait d’un trop grand sommeil. Sécotine me guide, me fait visiter la pièce : le coin « télé » où des patients, le regard vissé à l’écran, abrutis, ne sont que l’ombre d’eux-mêmes ; plus loin l’espace « jeux de société » avec ses tables couvertes de pions multicolores, de cartes…Diamétralement opposé, le coin « bibliothèque » –la plupart des gens lisent des livres pour enfants ; et près de la sortie de secours, le lieu de « paroles » : une banquette usée et deux gros coussins rembourrés.
Ma tête se craquelle : il y a tellement de bruits ici, de cris étouffés, tant d’âmes qui déambulent. Sécotine semble habituée, sourit.
Peut-être que pour survivre l’homme doit être sourd à sa propre folie ?
-Est-ce qu’ils vont toujours rester comme ça ? demandai-je terrifiée,
Sécotine me fixe un long moment sans rien dire ; ses yeux bleus ont perdu leur éclat, se sont  teintés de gris.
-Je ne sais pas ; en tout cas, il ne faut pas les juger ; ils n’ont plus la force de se battre alors on les gave de médicaments. Tu sais, ajoute-t-elle d’un ton enjoué, il y a des malades qui vont mieux, qui mènent une vie presque normale. Moi aussi, un jour j’y arriverai.
Je me pince les lèvres.
-Tu as sans doute raison.
-Bien sûr qu’elle a raison ; d’ailleurs les femmes ont toujours raison ! lance alors un homme  qui surgit du bout de la pièce.
Il vient vers nous, la démarche digne.
-Lui, c’est Gérard, murmure Sécotine, il est sympathique mais bizarre. A chaque fois qu’il sort dans le parc, il se met tout nu et s’allonge sur l’herbe. Soit-disant faut que son corps respire. Maintenant il n’a plus le droit de sortir ; les infirmières en ont assez.
L’homme s’approche de moi ; il est de taille moyenne, d’aspect agréable, le teint hâlé.
-Charmée de vous connaître, dit-il baisant ma main, je vois que vous êtes nouvelle ; bienvenue parmi nous, très chère. Je me présente Gérard. Je suis sans conteste le plus bel homme de Paris ; voulez-vous que je vous montre mon anatomie ? Mes fesses vous plairaient sûrement : elles sont fermes, bien rebondies et mon pénis est extra…
-Non !!! crie Sécotine, ça ne nous intéresse pas ! Des mois qu’on te le dit. Va-t’en ! On ne veut plus te voir !!!
Gérard bougonne et avant de partir me fait un clin d’œil. Je ne peux m’empêcher de rire.
Tout naturellement Sécotine me présente aux autres malades, à ceux qui n’ont pas glissé définitivement dans le sommeil. Je fais la connaissance de Charlotte : femme fluette, aux cheveux hirsutes, d’une cinquantaine d’années. Debout, près du coin « bibliothèque », elle fixe le plafond, tout en répétant :
-C’est épatant, épatant !
Son corps entier est tendu vers le ciel, comme aimanté. Charlotte ne remarque même pas notre arrivée, ni Sécotine qui l’appelle plusieurs fois. Au bout d’un moment, elle sort enfin de  sa contemplation :
-Je suis désolée, dit-elle d’une voix chaleureuse et pleine de joie, j’étais occupée. Vous avez vu aujourd’hui ils ont rajouté des lustres au plafond ! C’est épatant, épatant !
Sécotine soupire :
-Charlotte, il n’y a pas de lustres ! Il n’y en a jamais eu… On en a parlé toi et moi.
-Ah ! Aujourd’hui j’en vois plein. Ils sont beaux. Ici, vraiment on se soucie de la  décoration !
-Charlotte,  je te présente Miléna, une nouvelle patiente.
La femme scrute mon visage avec avidité, cherche je ne sais quoi puis me fait un grand sourire :
-Enchantée Miléna, si vous avez besoin de quelque chose : brosse à dent, deltaplane, n’hésitez pas. Excusez-moi, mais je dois aller vérifier la fixation des lustres ; il manquerait plus qu’ils nous tombent  dessus ! Au revoir !
-Elle est un peu dérangée, m’avoue Sécotine tandis que nous la regardons s’éloigner, mais c’est la plus gentille des malades. Elle a un cœur gros comme une montgolfière.

Les patients, femmes et hommes continuent de défiler devant moi : Robert, Nathalie, Monique…Leur bien-être apparent m’interpelle ; ils semblent ravis d’être ici, acceptent leur sort sans se plaindre. En parlant avec eux, je découvre à quel point ces gens sont lucides :
-La folie vit en nous alors pourquoi ne pas essayer de l’apprivoiser ?
Dompter le monstre, l’hydre homicide qui chaque jour les dévore un peu plus. Comment y arriverai-je, moi ?
Nicolas, lui y parvient lentement, à coups de gourmandise, de yaourts et de tranches de pain. Il gave la bête qui l’empêche de s’amuser, d’être lui-même, le serpent affamé de méchanceté, l’autre facette de sa personnalité. Nicolas : petit homme joufflu, à l’air malicieux. Il sautille dans la pièce en permanence, rit d’un rire sonore comme un grelot. On dirait un lutin avec ses mèches blondes qui tombent sur ses yeux pleins d’étoiles. Nicolas vient soudain vers moi, me tapote l’épaule :
-J’ai faim ; il te reste par hasard des yaourts ce midi ?
-Non, désolée…je n’ai pas mangé à midi.
-Tu n’as pas mangé à midi ? lance-t-il stupéfait, mais comment est-ce  possible ?
Sécotine intervient :
-C’est Miléna, une nouvelle malade ; elle vient juste d’arriver.
-Et toi Sécotine,  il te reste des yaourts ?
-Non. Et tu sais bien qu’il est interdit de garder de la nourriture dans nos poches.
-Mais j’ai tout le temps faim !
-Enfin Nicolas, regarde la pendule, là-haut ; il n’est que quatorze heures !
Les voix des conversations lentement s’éloignent, se dissolvent. « Quatorze heures ». Cela ne signifie plus rien pour moi. Le temps s’est arrêté à l’entrée de l’hôpital un jour de novembre, devant cette haute bâtisse couleur de craie ; il a renoncé de lui-même en nous voyant tourner en rond, nous, les aliénés.
Les voix lentement se sont évaporées. J’erre dans la pièce, passe près des fenêtres ; le soleil est resplendissant : des houles de lumière glissent sur les murs, déroulent leurs  blancheurs vaporeuses. La sortie est sûrement tout près d’ici, derrière cette fluidité ; la sortie de la folie. Je la sens, la devine. Comme une palpitation de paupière, un voile qui s’entrouvre sur la mer. Je me penche et soudain aperçois un halo bouillant dans une nappe d’écume. Il m’aveugle au début, brûle, jaune orangé, mais ensuite j’arrive à le regarder sans en avoir peur, sans même ciller des yeux. L’autre côté. Il suffit de pousser le hublot…la pression de mes mains. Du blanc partout en moi. Puis un souffle, une paix comme des nénuphars qui s’ouvrent  au fond du cœur.

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10 Comments
  • laurence
    novembre 16, 2015

    Une belle écriture, un style prenant, une authenticité réèlle. Beaucoup d’images dans lesquelles on se laisse prendre. Une plongée dans une intériorité déchirée.

  • Abder Berma
    janvier 8, 2016

    Une écriture limpide ,riche en métaphore mais qui plonge le lecteur dans les méandres de la folie…

  • Jeune-Auteur
    février 25, 2016

    Hello,

    Je viens de tomber sur ton blog, dont j’ai trouvé le lien sur twitter. Je n’ai pas beaucoup de temps pour le moment, mais j’ai lu quelques lignes, et elles m’ont donné envie d’y revenir. Je mets en favori et je repasserai tout bientôt :).

  • Dedicated server
    mars 29, 2016

    Et quand on apprend qu’il y a un double sens aux mots , c’est encore plus interessant, je vous invite a lire les etudes litteraires presentes sur le blog de Lucie Leanne.

    • Lucie
      mars 31, 2016

      Merci pour le compliment ! 🙂

  • Alumacom 1
    avril 21, 2016

    Oui ce monde est dur. Merci de nous faire partager cet univers. J’aime vos métaphores, elles sont trop nombreuses, mais elles sont belles.

  • Isabelle Béatus
    mai 12, 2016

    Chère Lucie
    Je viens de lire avec intérêt ce premier chapitre en me demandant quelle était ta part de folie là-dedans. Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de ce personnage ? Et de sa psychose ? J’ai bien aimé ce premier chapitre même si, comme ton héroïne, je me suis sentie perdue dans l’espace/temps. Tu décris très bien la souffrance de cette malade mentale et on ressent ses angoisses. Je lirais volontiers la suite. Bonne continuation.

  • Abderrahman , Moussaoui
    mai 26, 2016

    Tout me plait dans ton livre. D’abord cette écriture originale et si limpide ,ces Métaphores pleines d’intelligence , de sensibilitée à fleur de peau , que peu de gens perçoivent et comprennent . C’est vrai que les normes bloquent nos »Imaginaires » ! Et cette absence d’Empathie que l’on ressent pas seulement chez les « communs des Mortels » , mais également chez Certains Professionnels de la Santé Mentale ! Je saisis jusqu’à la moindre fibre de ce dont tu parles , ces détails de cet « Imaginaire un peu Pathos » qui t’inspire et m’a inspiré pendant une longue période de ma vie ! Seul Bémol qui me manque pour « t’aider » ,Parles-moi de toi…de ta vie réélle…ta Biographie…Car les éditeurs , comme les lecteurs potentiels sont assez « Pragmatiques » et par conséquent sont « tenus » par des »impératifs & les »nécéssités urgentes de la vie ! Seuls peut etre certains Artistes ou « Psychanalistes de l’Art » Percevront ce « Pathos » qui forge assez souvent des Génies ! Il faut surtout pas vous arréter d’écrire…Amitié et Bon courage !

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