Le succès de KUFIRI à la Foire du Livre de Pristina.

 

succès Ouverture de Foire

Ouverture de La Foire de Prishtina De gauche à droite : Anton Nike Berisha, grand critique littéraire albanais. Besnik Mustafa, écrivain et Abdullah Zeneli, éditeur de Buzuku et écrivain.

En mars dernier 2017, au Salon du Livre de Paris, mon éditeur Abdullah Zeneli  (Editions Buzuku )  m’a dit que Kufiri remportait un franc succès au Kosovo, en Albanie.  J’étais ravie.

-Vous êtes invitée au Salon du Livre de Prishtina qui a lieu début  juin. Voulez-vous venir ?

Depuis le temps que je rêvais de découvrir l’Albanie, les lecteurs de Kufiri, de rencontrer ma traductrice…

– Avec plaisir. Merci !

J’étais plus que ravie; j’étais aux anges. Tout simplement.

1.Le succès de Kufiri à la Foire du Livre de Pristina.

La foire du Livre de Pristina s’ est tenue du 6 au 11 juin 2017.

Tout est allé très vite durant ces 4 jours de promotion. Mon éditeur Abdullah Zeneli et ma traductrice Anila Xhekaliu (qui parle parfaitement le francais), m’ont dorlotée et conseillée. Ils savent que je suis timide, émotive, surtout lorsqu’il faut parler en public.

Radio Prishtina

Klara Buda, Mentor Tori Mripa et Anila Xhekaliu.

Donc quand j’ai été invitée le soir, à Radio Pristina, à l’émission de Mentor Tori Mripa, réalisée en direct, j’étais à l’aise pour parler de mon roman Kufiri, pour répondre aux questions de l’animateur et de celles de la journaliste franco albanaise Klara Buda.

2. Présentation à la presse de Kufiri

succès presse

De gauche à droite : Abdullah Zeneli, Anila Xhekaliu, Klara Buda et Elvi Sideri.

Ce fut un grand jour pour moi. J’étais très impressionnée par l’accueil de Kufiri auprès du public albanais. Leur curiosité, leur intérêt pour le thème délicat qu’est  l’internement psychiatrique de force, (n’en déplaise à certains, c’est toujours un sujet tabou en France) mais aussi et surtout pour mon style poétique. Des heures à « creuser le vers » (dixit Mallarmé),  un travail titanesque enfin reconnu.

Abdullah Zeneli, éditeur de Buzuku, a défendu avec fougue mon roman auprès des journalistes présents.

A la fin, séance de dédicaces. Bien qu’intimidée,  j’étais fière de voir les lecteurs albanais désireux de lire Kufiri.

Les premières critiques sont arrivées quelques jours après, dans la presse papier et numérique. Toutes élogieuses. J’en ai choisi trois : celle de la grande journaliste albanaise IIire Zajmi Guximi për të thyer kufijtë , paru dans Kultplus.com, celle de GazetaExpress Spitali psikiatrik i Lucie Leanne, vjen përmes librit në Panairin e Librit – GazetaExpress et la plus importante, celle de Anton Nike Berisha, grand critique littéraire albanais, dans RTK. Article Anton Nike Berisha

Son article sera traduit prochainement par Anila Xhekaliu. Voir la page de mon blog Buzuku : éditions albanaises

3. Kufiri recoit le prix du meilleur roman étranger du kosovo

Le succès de Kufiri en Albanie s’est confirmé avec le prix qu’il a reçu : prix du meilleur roman étranger. Une joie immense ! J’ai d’ailleurs consacré un article à ce sujet.

Il faut être honnête; si Kufiri existe, c ‘est  grâce à Abdullah Zeneli, à Buzuku qui à eu le courage de le publier alors que les maisons d’éditions françaises l’ont refusé.

Heureux hasard car en étant publié chez Buzuku, j’ai découvert un magnifique pays : l’Albanie, son peuple chaleureux, sa culture, son patrimoine historique.

Une partie de mon coeur est pour toujours  en Albanie, au Kosovo, à Pristina, à Tirana, sur les lacs et les montagnes, au pays des aigles, avec mes amies artistes.

L’aventure continue pour Kufiri, La Frontière.  A bientôt !

 

Courte vidéo des paysages somptueux d’Albanie.

Je n’ai aucun lien avec la compagnie Albanie Vacances.

 

L infirmière court après Miléna dans la Frontière

 

l infirmière

Janet Leight dans « Psychose » film d’ Alfred Hitchcock (1960)

 

L infirmière : ce mot s’écrira sans l’apostrophe dans tout l’article, car c’est le mot-clef choisi pour un meilleur référencement sur Google.

Voici un extrait d’une course-poursuite de La Frontière, entre une aide-soignante et Miléna dans le couloir de l’hôpital.
Miléna (moi), a rendu  visite, en cachette à Carmen, une patiente placée en isolement, pour cause de rébellion. Miléna  arrive à lui parler à travers la porte verrouillée, quand soudain l infirmière la découvre. Elle prend alors la fuite, terrifiée, et s’élance dans le couloir.

Nous sommes au chapitre 3 ; on voit bien que le style s’accélère, est beaucoup plus rythmé car il correspond aux battements de coeur du personnage de Miléna.

Extrait à lire aussi entre les lignes.

 

L infirmière : personnage d’une grande cruauté

« Lignes lumineuses, trajectoires de fuite, néons giclant en traînées de nacre qui rejoignent l’horizon. Perspective panique ; les faisceaux de ma peur eux s’élargissent. Course dans le couloir, maudit couloir -bout d’intestin, occlusion traquenard. L infirmière derrière moi, sa main va m’attraper, un frôlement, à deux doigts. Pulsations du cœur sous-marines ; poulpe affolé sur ventricules, me faisant un sang d’encre.

A contre-courant, à Carmen je parlais, contre la porte de sa cellule quand j’ai senti quelqu’un m’empoigner le bras ; je me suis retournée, ai découvert une infirmière qui me scrutait avec une sévérité mêlée d’étonnement : « Mademoiselle, qu’est-ce que vous faîtes-ici ? C’est interdit ! »
Une femme d’une trentaine d’années, la stature imposante. Effrayée, me sentant prise au piège, je me suis débattue ; l infirmière se cramponnait à mon bras, le serrant violemment jusqu’à ce que je m’extirpe, m’échappe puis m’élance dans le couloir.

A contre-courant, à ma poursuite, cette femme -toujours ; contrecoup du visage blême de Carmen, livide en la voyant, la buvant malgré tout du regard, à travers la lucarne.
Je lutte : jambes rouillées, secondes boueuses qui collent aux semelles. Souffle court, embourbé. Soudain un écart, une coulée d’espace entre nos corps en marche, poche de silence flottant, bougeant, contractions rapprochées vers le jour ; tout glisse en limon, en méandres, tout se dénoue, un filet rouge de soulagement, enfin j’avance. Je traverse des cadres de lumière, des alvéoles éblouissantes, incrustées de faïence, sur une bande grise qui s’élance vers l’infini comme des rails en suspens.

J’ai si peur -un corset de peur m’enserre, m’étouffe- les pas de l infirmière claquent obstinément, m’arrachent des larmes. En guenille, je suis…Mais je cours de rage, de vomissures, d’entrailles. Je m’enfonce davantage, dans une mélasse blanchâtre avec de chaque côté, un collage de portes sans fin, interminable, un supplice géométrique. Brusquement le couloir s’élargit; je reconnais le linoléum sale, la peinture beige qui s’écaille, première partie du couloir, proche du réfectoire. Un peu plus légère maintenant étourdie aussi. Tombée l infirmière, chutée, loin derrière. Sa silhouette se tient immobile ; gueuse à son tour, déchue.

La grisaille murale ; je l’avale à pleins poumons, jusqu’à l’asphyxie. De la sueur me dégouline du front. Je tremble ; d’un seul coup, émergeant du fond du couloir, entre deux lignes qui dérivent, le réfectoire : un carré noir, un bout de ma rage. Exténuée ; des flammèches brûlent mes mollets.
Ne plus penser ; juste les jambes doivent fonctionner. Mécanique machine, courir longtemps, éperdument ; juste les jambes. »

La Frontière Interview choc par Virginie Lebrun

 

Frontière

Plusieurs fois, on m’a reproché de ne pas parler de moi, de ne pas me dévoiler. Pourtant quand on lit la Frontière entre les lignes, (roman à 90 % autobiographique), on  trouve beaucoup d’éléments sur ma vie.

De nature discrète, je n’aime pas me montrer, mettre par exemple des photos de moi sur les réseaux sociaux…

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Ces enfants-là

enfants

 

C’est un texte en prose que je place maintenant dans mon blog.
Pourquoi pas avant ?
Parce que mon roman La Frontière, KUFIRI va bientôt prendre son envol en Albanie, grâce aux éditions Buzuku. Tout un symbole.

 

Ces enfants-là

 

Ils sont pâles, chétifs, malingres. Ils errent des heures dans les rues, des heures dans leur tête et quand ils rentrent chez eux, personne ne les attend. Un repas seulement ; jamais une caresse, jamais un sourire. Alors le cœur troué, ils mangent puis vont se coucher. Comment peuvent-ils dormir ? Personne ne vient les border. Tant bien que mal, ils cherchent à s’endormir.
Des sanglots, des pleurs acides, voilà tout ce qu’ils ont. Un livre peut-être pour apprivoiser le sommeil ? Mais lire est interdit après 21 heures. Tristes, ils attendent que la nuit les enlace mais la nuit ne vient pas, pas pour ces enfants-là. Ils fixent le noir de la chambre, se demandent ce qu’ils ont fait, pourquoi on ne les aime pas, puis après de longues heures, leurs yeux se ferment, se scellent aux rêves, rêves qui se transforment vite en cauchemars, grands couteaux noirs qui les empalent. Ils se réveillent en sursaut, en pleurs, n’appellent personne car personne ne viendra. Les parents sont bien trop occupés à dormir. Demain eux, ils travaillent, demain eux, ils vivent alors que leurs enfants ne respirent plus.

L’école demain. Ils y retournent, l’œil éteint, fatigués. Les leçons défilent ; ils n’en comprennent que la moitié. De l’école ils n’apprennent que brimades et solitude. La cour de récréation ne recrée rien, pas ce dont ils rêvaient : jouer avec les autres. On se moque d’eux parce qu’ils sont mal habillés.
Les parents les négligent. Acheter des vêtements coûte trop cher. On préfère acheter du vin et partir en week-end, loin de ces pouilleux. Alors ils portent toujours les mêmes vêtements, traînent une honte indicible, se blottissent dans le coin de la cour et inlassablement attendent.
Quelquefois, une institutrice remarque ces petits êtres trop sages, enfermés dans l’absence. Elle leur sourit. Leurs yeux sitôt brillent comme des joyaux. « Veux-tu parler un instant avec moi ? ». Ils hésitent, se méfient. Est-ce un piège ? Sûrement. La dernière femme qui leur a souri, ensuite les a cognés. Alors comme des animaux apeurés, ils se lèvent et vont s’installer un peu plus loin, dans une tanière imaginaire. Autour d’eux, les enfants jouent, crient. Ils ne les entendent pas. Pourquoi les entendraient-ils ? Leur cœur est ailleurs, vissé dans le vide.
Et les journées s’écoulent blanches, angoissantes. Et toujours la même solitude : les parents le soir, plantés devant la télévision. Elle leur est interdite.  » Va-t-en ! Ici c’est chez nous, pas chez toi ! : » Dès l’âge de sept ans, ils entendent ça, comme les cris, les injures. La solitude le soir, le lit : obligatoire ! Mais il n’est que 20 heures ?!? Tant pis, ils se résignent, parlent à leur peluche, un lapin de fortune. Elle au moins écoute. Ils la vénèrent…l’unique lien avec le monde. Ils s’inventent des histoires, construisent des rêves que bientôt les parents viennent fracasser. Ils entrent dans la chambre, furieux : « Ton bulletin de notes est mauvais ! Sale gosse, tu verras, on en reparlera demain !!! ». Ils paniquent, urinent au lit.
Une raclée, voilà ce qu’ils prendront ou des courses à faire : des dizaines de bières à remonter, des packs qui scient les bras.

Ces enfants-là, ils vivent dans le silence. Ils ne parlent plus, ne mangent plus; ils s’éternisent dans l’invisible. Les voisins les voient, les croisent mais ne les embrassent pas. Et eux, ils attendent sans vraiment attendre.
La vieille femme là, ils l’aiment bien ; ils aimeraient lui rendre service, s’entendre dire « merci ». Mais ils n’osent pas. Elle est pourtant là, un soir, croise un de ces oisillons, seul dans les escaliers de l’immeuble. « Tu veux venir chez moi, tu veux bien me lire une histoire ? ». Ils sautillent de joie, ramassent leur cartable et donne la main à cette bienfaitrice, une main si douce. Quelqu’un enfin près d’eux. La vieille femme les félicite, nostalgique déclare que l’enfance est une période merveilleuse. Le livre brutalement se referme. Une fois de plus, ils ne comprennent pas. L’enfance ? Qu’est-ce que c’est sinon la peur, l’ennui, la mort ?
Ils se taisent, ont du mal à sourire. Et pourtant ils le font, de peur de vomir leur mal être, leur non-vie, la violence qui les détruit. Alors timides, ils s’en vont, déambulent dans les rues, vieux déjà, usés, voûtés. Lorsqu’ils sont épuisés, ils retournent chez eux toujours effrayés à l’idée d’être battus. L’infernal cycle familial : pas d’amour, pas d’amis ; pas d’avenir pour ces enfants-là.

Ce sont des jouets que le dimanche, on expose devant les invités -bien habillés cette fois. Des jouets cassés.

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