L infirmière court après Miléna dans la Frontière

 

l infirmière

Janet Leight dans « Psychose » film d’ Alfred Hitchcock (1960)

 

L infirmière : ce mot s’écrira sans l’apostrophe dans tout l’article, car c’est le mot-clef choisi pour un meilleur référencement sur Google.

Voici un extrait d’une course-poursuite de La Frontière, entre une aide-soignante et Miléna dans le couloir de l’hôpital.
Miléna (moi), a rendu  visite, en cachette à Carmen, une patiente placée en isolement, pour cause de rébellion. Miléna  arrive à lui parler à travers la porte verrouillée, quand soudain l infirmière la découvre. Elle prend alors la fuite, terrifiée, et s’élance dans le couloir.

Nous sommes au chapitre 3 ; on voit bien que le style s’accélère, est beaucoup plus rythmé car il correspond aux battements de coeur du personnage de Miléna.

Extrait à lire aussi entre les lignes.

L infirmière : personnage d’une grande cruauté

Lignes lumineuses, trajectoires de fuite, néons giclant en traînées de nacre qui rejoignent l’horizon. Perspective panique ; les faisceaux de ma peur eux s’élargissent. Course dans le couloir, maudit couloir -bout d’intestin, occlusion traquenard. L infirmière derrière moi, sa main va m’attraper, un frôlement, à deux doigts. Pulsations du cœur sous-marines ; poulpe affolé sur ventricules, me faisant un sang d’encre.

A contre-courant, à Carmen je parlais, contre la porte de sa cellule quand j’ai senti quelqu’un m’empoigner le bras ; je me suis retournée, ai découvert une infirmière qui me scrutait avec une sévérité mêlée d’étonnement : « Mademoiselle, qu’est-ce que vous faîtes-ici ? C’est interdit !?! »
Une femme d’une trentaine d’années, la stature imposante. Effrayée, me sentant prise au piège, je me suis débattue ; l infirmière se cramponnait à mon bras, le serrant violemment jusqu’à ce que je m’extirpe, m’échappe puis m’élance dans le couloir.

A contre-courant, à ma poursuite, cette femme -toujours ; contrecoup du visage blême de Carmen, livide en la voyant, la buvant malgré tout du regard, à travers la lucarne.
Je lutte : jambes rouillées, secondes boueuses qui collent aux semelles. Souffle court, embourbé. Soudain un écart, une coulée d’espace entre nos corps en marche, poche de silence flottant, bougeant, contractions rapprochées vers le jour ; tout glisse en limon, en méandres, tout se dénoue, un filet rouge de soulagement, enfin j’avance. Je traverse des cadres de lumière, des alvéoles éblouissantes, incrustées de faïence, sur une bande grise qui s’élance vers l’infini comme des rails en suspens.

J’ai si peur -un corset de peur m’enserre, m’étouffe- les pas de l infirmière claquent obstinément, m’arrachent des larmes. En guenille, je suis…Mais je cours de rage, de vomissures, d’entrailles. Je m’enfonce davantage, dans une mélasse blanchâtre avec de chaque côté, un collage de portes sans fin, interminable, un supplice géométrique. Brusquement le couloir s’élargit; je reconnais le linoléum sale, la peinture beige qui s’écaille, première partie du couloir, proche du réfectoire. Un peu plus légère maintenant étourdie aussi. Tombée l infirmière, chutée, loin derrière. Sa silhouette se tient immobile ; gueuse à son tour, déchue.

La grisaille murale ; je l’avale à pleins poumons, jusqu’à l’asphyxie. De la sueur me dégouline du front. Je tremble ; d’un seul coup, émergeant du fond du couloir, entre deux lignes qui dérivent, le réfectoire : un carré noir, un bout de ma rage. Exténuée ; des flammèches brûlent mes mollets.
Ne plus penser ; juste les jambes doivent fonctionner. Mécanique machine, courir longtemps, éperdument ; juste les jambes. »

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