Comment j’écris ?

 

style parfait crayon

 

Je suis une perfectionniste maladive, je veux atteindre le style parfait. Lorsque j’écris, j’entends toujours une petite voix qui me dit : « Vise la perfection sinon à quoi bon ? »
C’est vrai : à quoi bon manger la galette des rois si on n’a pas la fève ?

Le style parfait

style parfait

Souvent je reste trois, quatre jours sur une phrase parce qu’un mot, (nom, adjectif…) sonne faux et que je ne trouve pas le bon. Impossible d’avancer dans ces cas-là. Je réfléchis, m’acharne, me torture puis abandonne, épuisée sans avoir écrit une belle phrase, la phrase juste, propre à la littérature : l’esthétisme.
Atteindre le Beau, la perfection est une illusion, dit-on. Donc  le style parfait en littérature, n’existe pas ? Pas pour l’écrivain déjanté que je suis.

Techniques d’écriture

Ne le dites à personne, mais je suis née avec un appareil photo numérique dans le cerveau; aucun médecin ne l’a jamais remarqué. Il se déclenche dès que je commence un nouveau roman.

A chaque nouveau roman, il y a un travail préparatoire qui se fait.

  • Première étape : l’observation

Je me promène dans Paris, marche pendant des heures en regardant les gens, les magasins, les enfants qui jouent, les chiens, les arbres…Un détail soudain retient mon attention, quelque chose d’infime que moi seule, vois : un visage aux contours flous, presque évaporés, une feuille morte baignée de lumière, un bout du ciel qui vire au violet. Ces images, je les enregistre, vole çà et là des fragments d’une beauté fugace.

Cette méthode parait simple ; en fait elle exige beaucoup d’entrainement car il faut être uniquement dans le moment présent, donc très concentrée. Au début, je ne tenais même pas cinq minutes.

Quelquefois un passant vient me déranger, me demande si j’ai du feu. Je ne me déconcentre pas, réponds automatiquement : « Grand dieu ! Fumer tue ! Essayez la coke,  elle est excellente dans ce quartier. »

  • Deuxième étape : le développement

De retour chez moi, je m’allonge sur le lit, branche mon baladeur ; il contient tout style de musique : classique, rock, trip-hop, bandes originales de film etc… Je cherche un morceau qui dégagera une émotion particulière et s’accordera avec les images « photographiées » auparavant. Quand j’ai trouvé le morceau, souvent de la musique

.

classique (Chopin, Debussy, Satie…) ou du rock, je ferme les yeux puis l’écoute en boucle. Des images défilent alors devant moi à vive allure, se mêlent à la musique ; parmi des explosions de couleurs, je revois la feuille morte par terre baignée de lumière, le visage aux contours évaporés, le ciel violet…puis d’autres images surgissent, en cascade, par dizaine.
Au bout d’un quart d’heure, j’enlève les écouteurs, vidée mais prête à écrire.

  • Troisième étape : l’odorat

Lorsque je peine à décrire une situation stylistiquement parlant (personnage, sentiment, paysage…), j’utilise des échantillons de parfums. Sur une vingtaine, j’en choisi quatre au hasard, les sens un par un, et ce plusieurs fois, jusqu’à trouver la senteur qui se rapprochera le plus de la situation en question, qui la révèlera.

A l’aide de ces techniques d’écriture, je suis sûre d’atteindre un jour le style parfait.
Mon roman La Frontière en est humblement, une approche.

 

 

2 Comments
  • Claudine
    novembre 25, 2015

    Merci de partager avec nous votre travail, vos sources d’inspiration.
    Je comprends que Satie puisse vous inspirer car moi-même quand je joue au piano cette gnossienne, j’ai l’impression de m’ouvrir à un autre monde…

    • Lucie
      novembre 25, 2015

      La musique classique m’aide beaucoup à écrire; le piano est l’instrument rêvé pour un style poétique.
      Merci pour votre commentaire.

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